Vayus et nadis : les souffles de l'été qui circulent en toi
Le soleil tape, l'air se réchauffe, et quelque chose en toi s'agite, s'étend, cherche à sortir. Et si ce n'était pas juste « la chaleur », mais cinq souffles précis qui circulent en toi, chacun dans sa direction, portés par des rivières d'énergie qui ont, elles aussi, leur saison ?
En yoga, le prana (l'énergie vitale, le souffle) n'est pas décrit comme un seul bloc, immobile. C'est un mouvement, organisé en cinq directions qu'on appelle les vayus, et qui circule dans tout le corps à travers des canaux, les nadis. Une carte du souffle, en somme, aussi précise que celle des koshas ou des chakras. Et l'été, avec sa chaleur qui pousse tout vers l'extérieur, est le moment parfait pour la sentir sous la peau, pas seulement la comprendre avec la tête.
Vayu, le mot vent
Vayu veut dire « vent » en sanskrit. Chaque vayu est un souffle qui sait où il va : certains montent, d'autres descendent, d'autres encore circulent ou se concentrent au centre. On en distingue traditionnellement cinq.
- Prana vayu : dans la poitrine et la tête, il va vers l'intérieur et vers le haut. C'est le souffle de la réception : l'inspire, la nourriture, ce que tu perçois du monde.
- Udana vayu : dans la gorge et la tête, il monte et s'extériorise. C'est le souffle de la croissance, de la voix, de la volonté de se redresser et de s'exprimer.
- Samana vayu : au niveau du nombril, il ramène vers le centre. C'est le souffle de la digestion, de l'assimilation, celui qui trie et équilibre.
- Vyana vayu : partout dans le corps, il fait circuler. C'est le souffle du pouls, de la diffusion, celui qui relie chaque cellule à toutes les autres.
- Apana vayu : dans le bassin, il descend et sort. C'est le souffle de l'élimination, du lâcher-prise, celui qui ancre et qui laisse partir.
Tu n'as pas un souffle. Tu en as cinq, et chacun sait exactement où il va.

L'été, saison de vyana et d'udana
Chaque saison amplifie certains souffles plus que d'autres. L'été, avec sa chaleur, pousse naturellement vers l'expansion : le pouls s'accélère, les pores s'ouvrent, on a envie de sortir, de parler, de rester dehors tard le soir, de se dépenser. C'est vyana vayu (la circulation, l'expansion) et udana vayu (l'élan vers le haut, l'envie de s'exprimer) qui prennent le devant de la scène.
Ce n'est pas un problème en soi : c'est le rythme naturel de la saison. Mais quand tout part vers l'extérieur, un souffle a tendance à s'affaiblir en silence : apana vayu, celui qui ancre et qui élimine. On dort moins, on digère plus vite mal, on a plus de mal à se poser. D'où cette sensation, parfois, d'être « partout à la fois » sans jamais vraiment se reposer nulle part.
Nadi, le mot rivière
Le souffle ne circule pas au hasard : il suit des chemins, les nadis (« rivières », « canaux »). La tradition en compte des dizaines de milliers, mais trois suffisent pour comprendre l'essentiel.
- Ida, à gauche : le canal lunaire, frais, réceptif, apaisant.
- Pingala, à droite : le canal solaire, chaud, actif, stimulant.
- Sushumna, au centre, le long de la colonne : le canal neutre, celui de l'éveil et de la pleine présence, quand ida et pingala s'équilibrent enfin.
Deux rivières, une de lune et une de soleil, et entre les deux, le chemin du centre.

En été, pingala travaille déjà pour toi
Le soleil, la chaleur, l'activité : l'été stimule pingala sans que tu aies rien à faire. C'est utile (l'énergie, l'envie d'agir), mais si rien ne vient l'équilibrer, la chaleur intérieure s'accumule : nervosité, sommeil agité, irritabilité, cette impression de « trop cuire » en fin de journée.
La pratique la plus juste, l'été, n'est donc pas d'en rajouter : c'est de nourrir ida, le canal frais et réceptif. Ralentir volontairement, chercher l'ombre, marcher le soir plutôt qu'en plein soleil, et surtout, respirer par la narine gauche : c'est la porte d'entrée d'ida.
3 postures d'été, pour ancrer apana et rafraîchir ida
Ces trois postures vont dans le même sens : elles ramènent vers le bas et vers l'intérieur, exactement ce dont apana a besoin l'été, et elles apaisent plutôt qu'elles n'excitent, pour laisser une place à ida.
1. Viparita Karani, les jambes au mur
Allongée, bassin près d'un mur, jambes tendues vers le haut. Les jambes redescendent en douceur vers le cœur : c'est apana vayu qui se calme, la circulation qui se rééquilibre après une journée de chaleur. Reste 5 à 10 minutes, yeux fermés, souffle long.
2. Supta Baddha Konasana soutenue, la déesse du sommeil
Assise, dos calé contre un bolster incliné, plantes de pieds jointes, genoux ouverts et posés sur des blocs ou des coussins. La poitrine s'ouvre sans effort, les bras se déposent au sol : une posture d'expansion totale, sans agitation, parfaite pour accueillir la chaleur de l'été sans la subir. Reste 5 à 8 minutes.
3. Torsion douce allongée, avec bolster
Allongée sur le côté, un bolster serré entre les genoux et le buste, tu laisses le bras du dessus s'ouvrir doucement en arrière pour amorcer une torsion légère de la colonne. Cette torsion soutenue masse le centre du ventre : elle nourrit samana vayu, la digestion, souvent plus fragile quand il fait chaud. Quelques minutes de chaque côté, souffle long.

les jambes au mur

supta baddha konasana soutenue

allongée, avec bolster
Un geste tout simple : Chandra Bhedana, le souffle de lune
Assise confortablement, ferme la narine droite avec le pouce et inspire lentement par la narine gauche, celle d'ida. Retiens un instant, puis ferme la narine gauche, ouvre la droite, et expire par la droite. Recommence 5 à 10 fois : inspire toujours à gauche, expire toujours à droite. C'est la manière la plus directe de nourrir le canal lunaire, et de faire redescendre un peu de fraîcheur, même en plein mois d'août.
Un mot en passant, tout doux : ce que je partage ici est une lecture symbolique et traditionnelle du yoga, pas un savoir médical. Ces pratiques accompagnent en douceur, elles ne remplacent jamais un avis de santé si quelque chose t'inquiète. Prends ce qui résonne, laisse le reste, et surtout, écoute ce que ton propre corps te dit de sa saison.
Et toi, cet été, tu sens plutôt cette envie de tout faire, de sortir, de t'étendre sur la playa ? Ou plutôt un besoin de fraîcheur et de calme à l'ombre de la forêt ? Je serais heureuse d'en discuter avec toi.
Papotons ensemble →Que ton été circule avec douceur 🤍
Angélique · Maison Maelow
Et si on apprenait à ancrer et rafraîchir ton souffle, ensemble ?
Postures, respiration, présence : viens pratiquer un yoga qui accompagne le rythme de l'été plutôt que de le subir.