Mala : pourquoi 108 perles, et pas un bijou de plus
Un mala, ce n'est pas qu'un bijou qu'on assortit à sa tenue. C'est aussi un outil qu'on met dans la main quand le mental s'emballe, et qu'on a besoin d'un point d'ancrage, littéralement, entre les doigts.
Tu en as sûrement déjà croisé un : ce collier de perles qu'on voit au poignet ou autour du cou, souvent avec un pompon qui dépasse. Aujourd'hui, il est devenu accessoire, presque déco (et moi la première, je te l'avoue : je l'utilise aussi comme tel). Mais à l'origine, le mala n'a rien d'un bijou : c'est un compteur, un outil de concentration, pensé pour une seule chose : t'aider à répéter un mantra sans avoir à compter dans ta tête.
108 perles, une par répétition. Le mental, qui adore avoir quelque chose à faire, se voit confier une tâche toute simple : faire glisser une perle, encore une, encore une. Et pendant ce temps-là, il arrête (un peu) de partir dans tous les sens.
Le mala, ce n'est pas un collier
Dans la tradition, on ne porte pas un mala pour l'esthétique : on le tient, on le fait glisser, on le range. S'il traîne aujourd'hui autour du cou entre deux pratiques, c'est presque un détournement, gentil mais réel, de son usage premier. Un mala n'est pas là pour être vu : il est là pour être utilisé.
C'est un peu comme la différence entre un objet outil et un objet gadget, une distinction dont je parle dans mon article sur les accessoires de yoga : ce qui compte, ce n'est jamais l'objet en lui-même, c'est ce qu'il te permet de faire.
Pourquoi 108, précisément ?
C'est la question qu'on me pose le plus souvent, et honnêtement, il n'y a pas une seule réponse. Il existe plusieurs lectures traditionnelles, qui se superposent plus qu'elles ne s'excluent. Je te les partage comme telles : des symboliques à explorer, pas des vérités à retenir par cœur.
- Les 108 nadis : dans la tradition yogique, on compte 108 canaux d'énergie (nadis) qui convergeraient tous vers le cœur. J'en parle plus longuement dans mon article sur les vayus et les nadis.
- 12 × 9 : en astrologie védique, 12 maisons et 9 planètes, un chiffre qui revient dans plusieurs calculs cosmiques traditionnels.
- Les 108 upanishads : le nombre de textes sacrés recensés dans le canon védique.
- 1, 0, 8 : une lecture plus symbolique encore, où le 1 serait l'unité, le 0 le vide, et le 8 l'infini.
Retiens surtout ceci : peu importe laquelle de ces histoires te parle, elles disent toutes la même chose autrement. 108 n'est pas un chiffre rond, choisi au hasard. C'est un chiffre qui a du sens dans plusieurs directions à la fois, et c'est peut-être pour ça qu'il a traversé les siècles.

La perle du guru, celle qu'on ne franchit pas
Sur un mala traditionnel, une perle se distingue des 108 autres : plus grosse, souvent surmontée d'un pompon. C'est la perle du guru, ou meru (la montagne). Quand tu arrives à cette perle après tes 108 répétitions, la règle est simple : tu ne la franchis pas. Tu t'arrêtes, tu marques une pause, puis tu fais demi-tour et tu repars dans l'autre sens.
On ne passe pas par-dessus la perle du guru. On s'incline, et on fait demi-tour.
Ce petit geste raconte beaucoup : il rappelle qu'on ne "termine" jamais vraiment une pratique, qu'on ne la dépasse pas comme une ligne d'arrivée. On la reprend, encore, dans l'autre sens. C'est aussi un geste d'humilité envers la lignée de transmission, envers tout ce qui précède ta propre pratique.
Et la perle du guru, celle qu'on ne franchit jamais ? Tu peux très bien t'arrêter là, à 108 : une répétition complète. Le seul geste imposé, c'est de ne pas passer par-dessus sans marquer une pause.

Le japa : un os à ronger pour le mental
Cette pratique de répétition s'appelle le japa. Et si elle fonctionne si bien, c'est parce qu'elle parle directement à une couche bien précise de toi : le mental, manomaya kosha, dont je parle dans mon article sur les koshas. Cette couche-là adore commenter, juger, s'agiter. Elle n'est pas ton ennemie, mais elle a besoin d'un os à ronger.
Le japa lui en donne un : une tâche répétitive, concrète, sensorielle (le contact de la perle sous le doigt), sur laquelle se poser plutôt que de partir dans cent directions. Un mantra, ou même simplement le souffle, une perle par inspiration-expiration.
Comment s'en servir, concrètement
Pas besoin de mantra en sanskrit pour commencer : la technique compte davantage que les mots.
- Dans la main droite : le mala se tient traditionnellement dans la main droite, drapé sur le majeur.
- Pouce et majeur : on fait glisser chaque perle vers soi avec le pouce, en s'appuyant sur le majeur.
- L'index reste à l'écart : dans la tradition, il est associé à l'ego, on évite donc de l'utiliser pour compter.
- Une perle, une répétition : un mantra murmuré ou silencieux, ou simplement un cycle de souffle complet.

Les matières racontent aussi quelque chose
Le mala existe dans plusieurs matières, et chacune porte sa propre intention.
- Le rudraksha : des graines, associées à Shiva, souvent choisies pour une pratique d'ancrage et de méditation profonde.
- Le santal : un bois au parfum apaisant, qui accompagne doucement la concentration au fil des répétitions.
- Les pierres : améthyste, quartz rose, œil de tigre... plus récentes dans l'usage, souvent choisies pour une intention précise.
Aucune matière n'est "meilleure" qu'une autre : le mala le plus juste reste celui que tu as réellement envie de tenir dans ta main, chaque jour.
Et pour être transparente avec toi : en dehors de tout ce sacré, le mien est surtout mon compagnon du quotidien. Il pimpe mes tenues, parce que je l'adore, il est beau, tout simplement. Et il m'accompagne dans les moments où je sors de ma zone de confort, où je vis des expériences qui comptent vraiment pour moi, et dans ceux où je suis plus vulnérable, où j'ai besoin d'un soutien. Un peu comme un grigri.
Un mot en passant, tout doux : tout ce que je partage ici est une lecture symbolique et traditionnelle du yoga, à explorer avec curiosité, pas à suivre à la lettre. Ça accompagne, ça ne remplace jamais un avis de santé si tu en as besoin. Prends ce qui résonne, laisse le reste 🤍
Une pratique guidée de 5 minutes, pour le matin
Simple, sans mantra à apprendre par cœur.
- 1. Assise, mala dans la main droite, drapé sur le majeur.
- 2. Ferme les yeux, prends trois respirations pour arriver.
- 3. À chaque expiration, fais glisser une perle avec le pouce.
- 4. Continue jusqu'à la perle du guru, marque une pause, puis rouvre les yeux.
Je suis curieuse : as-tu déjà un objet, mala ou pas, qui te ramène à toi rien qu'en le touchant ?
Papotons ensemble →108 fois, et puis on recommence 🌙
Angélique · Maison Maelow
Et si on donnait à ton mental un os à ronger, ensemble ?
Yin, souffle, japa : viens explorer des outils simples pour poser le mental, sur le tapis comme dans ta poche.