Le journal · Souffle

Le pranayama : pourquoi tout commence par le souffle

12 octobre 2026≈ 5 min de lecturepar Angélique
Angélique en plongée, masque et détendeur, face à une étoile de mer panier

Il y a une quinzaine d'années, au Mexique, je suis descendue dans un cénote. Je plongeais déjà depuis un moment, niveau 2 en cours, parce que la plongée en cénote est considérée comme une plongée extrême : on ne s'y aventure pas sans un minimum d'expérience. Une grotte noyée, une eau d'une clarté presque irréelle, des rais de lumière qui tombent de la surface comme des colonnes. Et au milieu de cette beauté, une règle très simple, que personne n'a besoin de te répéter deux fois : ici, la moindre panique peut devenir dangereuse. Alors tu respires. Lentement. Et tu découvres que ton souffle est, littéralement, ce qui te garde calme et en vie.

Ce que la plongée m'a appris sans le dire

En plongée, on apprend vite une chose : tout ce qui s'agite consomme de l'air. Un battement de palme en trop, une main qui s'accroche, une inspiration saccadée, et la jauge descend plus vite. L'objectif, c'est de se stabiliser, de flotter sans variations, sans mouvements parasites. De devenir presque immobile dans l'eau.

Et ce qui te stabilise, c'est ton souffle. Sous l'eau, tes poumons règlent ta hauteur : si tu inspires trop, tu remontes. Si tu expires trop, tu redescends. Ce qu'on cherche, c'est un souffle régulier, à l'inspire comme à l'expire, avec le moins de cycles possible. Autrement dit, un souffle calme. C'est lui qui te garde à la bonne hauteur, sans variations.

Et plus tu y arrives, plus tu restes. Moins tu consommes d'air, plus tu as de temps pour regarder : les stalactites, les jeux de lumière, le silence bleu tout autour. La maîtrise du souffle, là-dessous, ce n'est pas une performance. C'est ce qui te permet de rester, et de voir davantage, d'être en présence.

Moins tu t'agites, plus tu restes. Et plus tu restes, plus tu vois.

À l'époque, je ne mettais pas de mots là-dessus. C'était un mélange très particulier de méditation et de maîtrise de soi, que je vivais sans le comprendre. Une forme de présence totale, obligée, que je ne retrouvais nulle part ailleurs.

Dix ans plus tard, sur un tapis

Et puis, il y a une dizaine d'années, vers 35 ans, j'ai découvert le yoga. Et avec lui, l'importance du souffle. Pas comme un détail technique en marge des postures, mais comme le cœur même de la pratique.

Là, quelque chose s'est rejoint. Je me suis rendu compte que la plongée m'en avait déjà donné un aperçu, cette sensation de calme qui naît quand la respiration s'apaise. Mais je n'en mesurais pas du tout l'ampleur. Sous l'eau, le souffle me servait à survivre et à rester. Sur le tapis, j'ai compris qu'il pouvait servir à bien plus : à habiter mon corps, à calmer mon mental, à réguler mon système nerveux, à revenir à moi.

Le prana, c'est quoi ?

En sanskrit, prana désigne l'énergie vitale, ce qui anime tout ce qui vit. Ce n'est pas exactement l'air, mais l'air en est le véhicule le plus direct : à chaque inspiration, on fait entrer un peu de cette énergie. C'est pour ça que, dans la tradition du yoga, souffle et vie sont presque synonymes.

Le mot pranayama se lit de deux façons, et les deux se complètent. On peut y entendre prana + yama, la maîtrise, la discipline : l'action consciente sur le souffle, le fait de le guider plutôt que de le subir. Mais on peut aussi y lire prana + ayama, qui évoque l'idée d'étendre, d'allonger, de donner de l'espace. Le pranayama, c'est donc à la fois agir sur son souffle et l'étendre : apprivoiser cette énergie, non pas en la forçant, mais en lui faisant de la place.

Le quatrième membre du yoga

Dans les Yoga Sutras, Patanjali décrit le yoga comme un chemin en huit membres : Yama, Niyama, Asana, Pranayama, Pratyahara, Dharana, Dhyana, Samadhi. Le pranayama arrive en quatrième, juste après les asanas, les postures.

Cette place n'est pas un hasard. Les trois premiers membres parlent de notre rapport au monde, à nous-mêmes et au corps. Les quatre derniers vont vers l'intérieur : le retrait des sens, la concentration, la méditation, l'unité. Le souffle se tient pile au milieu, comme un pont entre le corps qu'on voit et l'esprit qu'on ne voit pas.

Pourquoi tout commence par le souffle

La respiration a une particularité unique : elle fonctionne toute seule, sans qu'on y pense, mais on peut aussi la prendre en main à tout moment. Aucune autre fonction vitale ne nous offre ça. On ne décide pas du rythme de son cœur ni de sa digestion, mais on peut choisir de ralentir une expiration. Et c'est par cette petite porte qu'on agit sur tout le reste : le système nerveux, les émotions, le mental.

Dans son livre Respirer, le journaliste James Nestor raconte comment l'humain moderne a pris l'habitude de respirer plus vite et plus court que ce dont son corps a besoin. Pas par choix, par habitude, par stress, par posture. La bonne nouvelle, c'est que ça se réapprend. Le pranayama, c'est exactement ça : réapprendre à respirer.

Trois canaux, une lune, un soleil

Selon la tradition, le prana circule dans le corps par des canaux subtils, les nadis. Il en existe des milliers, mais trois sont essentiels :

  • Ida, le canal lunaire, lié à la narine gauche : frais, réceptif, apaisant.
  • Pingala, le canal solaire, lié à la narine droite : chaud, actif, stimulant.
  • Sushumna, le canal central, le long de la colonne. Celui qui s'ouvre justement quand Ida et Pingala sont en équilibre.
Ida, Pingala et Sushumna, les trois nadis principaux le long de la colonne
Ida (lune), Pingala (soleil) et Sushumna (le centre), le long de la colonne.

Si tu as lu l'article sur les vayus et les nadis cet été, tu les as déjà croisés. Cette semaine, on va plus loin : sur Instagram, je te montre Nadi Shodhana, la « purification des canaux ». Une respiration alternée, une narine après l'autre, qui rééquilibre la lune et le soleil pour laisser circuler le centre.

Une seule chose à faire cette semaine

Avant de pratiquer quoi que ce soit, juste une observation. Pose un doigt sous ton nez, ou ferme simplement les yeux, et sens : par quelle narine l'air passe-t-il le plus librement, là, maintenant ? Souvent, l'une domine. Et ça change au fil de la journée, sans qu'on s'en rende compte.

Pas besoin d'en faire quelque chose. Juste le remarquer. C'est déjà une première rencontre avec Ida et Pingala.

Le souffle est la seule porte qu'on peut ouvrir de l'intérieur, à tout moment.

Le mois du souffle se termine ici : Plus je sais, moins je sais →

C'est le deuxième article d'un mois consacré au souffle. Si tu as manqué le premier, Du premier cri au dernier souffle, il pose le décor. Et cette semaine, retrouve Nadi Shodhana en vidéo sur Instagram.

Papotons ensemble →

Angélique, professeure de yoga à DaxRespire lentement, comme sous l'eau 🤍
Angélique · Maison Maelow

Un mois consacré au souffle

Nadi Shodhana, cette semaine en vidéo

La respiration alternée, une narine après l'autre, pour rééquilibrer Ida et Pingala. À retrouver sur Instagram.